GALERIE NATHANAELLE NEFFE ATELIER DE GRAVURE & LITHOGRAPHIE 14600 HONFLEUR France

 

 

l'HISTOIRE et la REPRÉSENTATION de

la VILLÉGIATURE en NORMANDIE

        d'après E Boudin La plage de Trouville 1876

         

        rive droite

        Sous la Restauration et la Monarchie de juillet (1815 / 1830 / 1848), la pratique des bains de mer avait fait la fortune des plages du pays de Caux. La venue à Dieppe en août 1822 de Marie-Caroline, duchesse de Berry (belle fille de Charles X), va être déterminante pour l’avenir du tourisme balnéaire. C’est en effet elle qui, accompagnée de ses dames d’honneur et d’une grande partie de sa cour, va lancer la grande mode des bains de mer. Les falaises abruptes, la mer houleuse s'y fracassant, s'accordait bien avec la vision romantique des peintres et avec les attentes thérapeutiques des baigneurs, de nombreuses publications vantent les bienfaits de l’immersion dans l’eau de mer. L'ouverture des lignes de chemin de fer Paris - Rouen - Le Havre / Sainte-Adresse en 1847, marque, à cet égard, la consécration de la rive droite de l'estuaire de la Seine. .../. G. Poulet. Les aquarellistes anglais : Turner, Bonington, Cotman. Les peintres : Corot - Delacroix, Isabey, puis les impressionnistes, Albert Lebourg, Jacques-Émile Blanche, Edgar Degas, Eva Gonzalès, Paul Gauguin, avant 1885. Renoir, Pissarro, Walter Sickert et Whistler y ont leurs habitudes.

        L'été 1873, Edouard Manet peint Sur la plage représentant son épouse et son frère au bord de la mer (Paris, musée d'Orsay. Don J.J. Dubrugeaud) à Berck, non loin de Boulogne où il avait passé plusieurs étés avant la guerre franco-prussienne de 1870 et conçu nombre de chefs-d'oeuvre, dont le déjeuner, 1869 (Munich, Neue Pinakothek) et Le balcon, 1868/69 (musée d'Orsay, legs Caillebotte). En 1879, Pierre-Auguste Renoir alors en séjour à Wargemont peint Pêcheuses de moules à Berneval, à coté de Dieppe ((Fondation Barnes) qu'il destine au Salon de 1880 et représente Marthe, l'aînée des enfants Bérard, équipée pour la pêche à la crevette. En août 1883, il se rend à Yport, pour exécuter des commandes de portraits d'Aline et de Robert, les deux enfants d'Alfred Nunès, maire de la ville. Nunès est un cousin de Camille Pissarro. Sur la lancée Renoir peint également début septembre Enfants au bord de la mer à Jersey - (Fondation Barnes Merion Pennsylvania USA).

        A STEVENSLe commerce maritime havrais florissant va attirer de nouveaux habitants à Sainte-Adresse : des armateurs, des négociants. C'est à cette époque qu'arrive Alphonse Karr, illustre journaliste satirique, rédacteur au Figaro. Ravi par ce village rural, il y achète une maison, invite de nombreux écrivains de 1834 à 1852 et fera de Sainte-Adresse un lieu de villégiature prisé par l'intelligentsia. Georges Dufayel sera le premier à faire construire, en 1906, un vrai complexe en bord de mer. Son objectif était de concurrencer Deauville. Les villas sont élégantes. Le site protégé du vent du nord prend le nom de Nice Havrais. L'estacade est l'un des symboles de Sainte-Adresse. Peint par Raoul Dufy et son frère Jean. Albert Marquet. Monet, né à Paris élevé au Havre, a immortalisé le littoral et les côtes dionysiennee Il y peint notamment Terrasse à Sainte-Adresse (Metropolitan Museum de New-York) .../. ville-sainte-adresse.fr (Ill) Alfred Stevens sur la plage de Sainte Adresse vers 1884.

        rive gauche

        ALEXANDRE ANTIGNAL'avènement du second Empire (2 décembre 1852) va déplacer le centre de gravité vers la rive sud de l'estuaire de la Seine. Trouville prend le relais de Dieppe et la mode anglaise des bains de mer s'y répand (Première publicité sur les Bains de Trouville dans le journal le Pays d'Auge en 1837). Entre ce moment et 1860, la ville devient progressivement la villégiature à la mode. Les scènes de plage, les belles dames à crinolines deviennent le motif à peindre. (Ill) Alexandre Antigna (1817-1878) Les baigneuses Hst 62x112 sbg - Musée Villa Montebello, Trouville-sur-mer. La manière la plus simple de se soigner consistait à prendre des bains directement dans la mer en se conformant aux mesures de police relatives à l'ordre, la décence et la sécurité que les lois de 1790 et 1837 avaient imposées. A Trouville, un arrêté de 1857 divisait la plage en trois quartiers; les hommes à droite, les femmes à gauche et au centre les bains mixtes. Chacun était invité à se déshabiller dans les cabanes prévues à cet effet par la ville, les plus fortunés se hasardant dans les cabanes à flot. « le public peut faire appel au " guide baigneur " qui pour 50c les porte et les trempe dans l'eau. Son industrie consiste à accompagner les personnes qui se mettent à l'eau, et à leur rendre les mille petits soins dont elles peuvent avoir besoin .../. La cabane à flot tirée par un cheval permet aux baigneurs de se déshabiller à l'abri des regards et d'accéder à la mer, même à marée basse, 80c la cabane à flot » La Mouette n°32 - mars 2003 - Trouville-sur-Mer. Annie-Claude Diquëllou.

        Pour les soins spécifiques à base d'eau de mer, il fallait toutefois pouvoir disposer d'un établissement adapté. En 1868, la décision est prise de construire, dans le jardin de l'Hôtel de Ville, un établissement de bains chauds et d'hydrothérapie. Trouville sera à son tour concurrencée par Deauville alors bâtie sur le marais sur les plans de l'architecte Breney à partir de 1859. Le climat du pays d'Auge plus doux, le sable, les vagues moins brutales vont attirer et conduire à la transformation des GASPARD GOBAUTvillages côtiers en stations balnéaires : Honfleur, Villerville. L'avancée des chemins de fer traduit cette migration des estivants. La Gare de Trouville-Deauville est inaugurée en 1863 – Lisieux 1855 –. Trouville est à cinq heures de Paris par le chemin de fer. – Les voitures et les chevaux pourront y voyager, l'art de l'attelage en sera développé. Les pataches qui seront le reliquat des messageries circuleront longtemps sur les routes de Normandie. –. d'après Trouville - P. Mardaga édit. (Ill) Gaspard Gobaut (1814-1892) Honfleur, L'établissement des bains, les cabines et le bain à la corde,1872. Gouache sur papier 36x44.5 Musée Eugène Boudin. > Monet ; La Gare Saint-Lazare, 1877. L'arrivée du train de Normandie en gare Saint-Lazare.

        Les peintres suivent le mouvement, ils vont se fixer durant les mois d'été sur la rive gauche de l'estuaire de la seine : Huet s'installe à Houlgate à la ferme Fauvel, Troyon à Villers-sur-Mer dans une maison qu'il appelle l'Académie du Paysage, Léon Louis Antoine Riesener (1808-1878) achète en 1857 à Beuzeval un moulin plein de charme, que la fréquentation de nombreux artistes (dont Berthe Morisot en 1864 in E.B./G) transforme en cénacle artistique, Daubigny à Villerville - chez le cafetier M. Léger (1). Abandonnant la vision romantique des années 1830, ils inventent une peinture plus naturelle, plus lumineuse, moins portée aux effets et plus soucieuse des valeurs. J-S Klein pg 50 (1) pg 59. Les musées de Lisieux Saint-Germain-de-Livet et d'art et d'histoire conservent plusieurs oeuvres de Léon Riesener.

        ISABEY LA PLAGE DE GRANVILLE 1863On pourrait s'attendre à voir figurer, au titre de ces peintres de bord de mer, certains peintres de marine, fidèles dans la description des rivages normands et de leurs activités économiques et sociales : Isabey est certainement l'un d'eux. Son parcours artistique, son amitié pour des artistes plus jeunes tels Boudin ou Jongkind, auraient pu le conduire à travailler cette peinture des bains de mer. Il n'en est rien. Celui qui fut longtemps considéré comme l'instigateur de la peinture de plages chez Boudin, n'a traité ce thème que de très rares fois. Le tableau représentant la plage de Granville en 1863 est significatif ; il date de l'époque à laquelle Eugène Boudin commence à traiter le sujet... A-M. Bergeret-Gourbin in catalogue de l'exposition Un siècle de Bains de Mer pg 8. (Ill) Eugène Isabey La plage de Granville 1863 dépôt du musée de Laval au Musée du Vieux Granville.

        L'été 1865 Gustave Courbet est l'invité du duc de Choiseul à Deauville ; il peint de nombreux portraits dont celui de La comtesse Károly - col part -, La fille aux mouettes sur l'épaule - col part -, La plage de Trouville ... La femme au podoscaphe - Murauchi Art Museum, Tokyo (étude) collection Ishizuka. > images Webshots - cette baigneuse, au teint hardiment hâlé, célèbre dans la région, qui, " en costume de bain s'en allait de Trouville au Havre, sur une de ces petites barques effilées comme un poisson, tantôt nageant comme avec deux nageoires, tantôt se jetant à la vague pour pousser son bateau. Cette belle jeune fille sur une coquille d'amande n'est-elle pas aussi intéressante à peindre que Vénus sur une conque marine " Thore Burger dans sa critique du Salon de 1866 in Y. Bayard - Trouville -pg 62.

        DUBOURG LES BAINS DE MER A HONFLEUR 

        Le peintre Louis Alexandre Dubourg, ne veut pas quitter sa ville natale en 1869 il témoigne magnifiquement de l'activité des bains de mer à Honfleur.

         

        BOUDIN FIGURES DEVANT LE CASINO C'est Eugène Boudin qui, géographiquement (ses parents sont employés sur les vapeurs de la Cie du Havre) et esthétiquement, va assurer la jonction entre les deux rives de la Seine, entre les deux visions du paysage. Imprégné du Romantisme par Isabey, formé au réalisme par Millet et Troyon, poussé vers la lumière par Corot et les Marinistes hollandais, il va inventer un nouveau langage pictural, qui fera l'émerveillement de Baudelaire et déterminera la vocation de Monet. J-S Klein.

        BOUDIN SUR LA PLAGE L HOMME ASSIS(Ill) L-A Dubourg : Les bains de mer à Honfleur huile sur toile, 50 x 86 cm. " semblent être une réclame pour la ville natale de L-A. Dubourg " A. Darcel, Les Artistes Normands au Salon de 1869 à Rouen - Eugène Boudin : figures devant le casino de Trouville, 1884 Huile sur panneau 22x42cm. E. Boudin : sur la plage, l'homme assis vers 1865/70. Aquarelle, mine de plomb, 15x24cm. Cachet de l'atelier bd. annotation illisible à la mine de plomb. Donation Hambourg-Rachet, 1988. Musée Eugène Boudin à Honfleur. > les Plages

        Le naturalisme de Monet est, comme celui de ses maîtres Boudin et Courbet, un engagement physique qui confère une toute autre épaisseur aux accents romantiques de son idéal. Maupassant en a donné une image célèbre : « Une autre fois, il prit à pleines mains une averse abattue sur la mer et la jeta sur la toile. Et c'était bien de la pluie qu'il avait peinte ainsi, rien que de la pluie voilant les vagues, les roches et le ciel, à peine distincts sous ce déluge » Maupassant "La vie d'un paysagiste" - Gil Blas, 28 septembre 1886 - in Denys Riout, Les Écrivains devant l'impressionnisme, p. 376 .../. A. Tapié pg 51.

        À Trouville dès 1891, l'écrivain - Marcel Proust - sera un fidèle du Grand Hôtel de Cabourg, de 1907 à 1913, profitant de ses séjours sur la côte normande pour visiter l'arrière pays en automobile avec son chauffeur, Alfred Agostinelli. gallica.bnf.fr/Proust Il rencontrera, en 1907, Édouard Vuillard (1868-1940) membre du groupe des Nabis et s'inspirera de ses conversations avec le peintre pour créer le personnage d'Elstir. in Alain Tapié - collection Peindre en Normandie - Edouard Vuillard, Le jardin à Amfreville ou Le jardin au bord de la mer.

        Rive droite et rive gauche les premières femmes en jupes courtes et pantalons scandalisent. Les joueurs de lawn tennis s’habillent de vêtement clairs et souples. Les jeunes filles chlorotiques assises à l’ombre, le regard tourné vers l’horizon et perdu dans des pensées romantiques sont dépassées par de téméraires cycle women en knickerbockers, laissant le soleil bistrer leur teint. Images fin de siècle, apparemment contradictoires, et s’il s’agissait de la même femme à un moment différent de la saison, de la journée, de son humeur ? L’ambiguïté n’étant pas le moindre des traits de caractère de ces femmes tantôt chères aux héros de Huysmans, tantôt saphiques “ jeunes filles de l’avenir ” chez Pierre Louÿs et l'emblématique héroïne de Proust, Albertine. G. Poulet.

        Les voitures hippomobiles circuleront jusqu'à la fin de la première mondiale. En 1939 les congés payés vont faire évoluer les vacances à la mer .../. Après la seconde guerre mondiale, les peintres reviennent sur les plages et produisent des visions colorées, joyeuses ou imaginaire de ces lieux de plus en plus fréquentés : Roland Oudot, Lucien Coutaud, Jean Driès, André Hambourg .../. A-M. Bergeret-Gourbin in catalogue de l'exposition Un siècle de Bains de Mer pg 16

  

 

« Meeting d'Aviation de la Baie de Seine TROUVILLE - LE HAVRE du 25 Août au 6 Septembre 1910 - LATHAM en plein vol »

 

  Vieilles cartes postales du temps de Proust

 

TROUVILLE UN JOUR DE COURSE TROUVILLE PROMENADES A DOS D ANES

        « ... L'écrivain Julien Guillemard rapporte son admiration lorsque Latham traversa pour la première fois l'estuaire de la Seine avec son Antoinette: " le 23 Août 1910, de la fenêtre d'un appartement de la rue de Normandie, je vis dans l'Ouest un tout petit nuage doré par le soleil qui filait rapidement vers Trouville; c'était le premier aéroplane passant sur l'estuaire de la Seine .../. mon émotion fut grande quand les enfants hurlèrent : " Vive Hubert Latham "... » .../. Histoire de l'aerodrome

         

        La place de l'automobile dans le développement des stations balnéaires

        .../ . Les 25 et 26 août 1899, c'est le " Grand Handicap Omnium ", une course originale aux départs soigneusement échelonnés, mettant en concurrence coureurs à pied, chevaux, bicyclettes, voiturettes, motocycles et automobiles. Elle est remportée par une voiture attelée, la première automobile, une Mors pilotée par A. Debray, n'arrivant à Trouville qu'en quatrième position .../. Culture.gouv

         

        THEATRE DE LA BALEINE SIMON MAX VILLERVILLE 

        Casino de Villerville le Théâtre Baleine

        villagedevillerville.online.fr

         

         

        BAINS CHAUDS TROUVILLE 1874* BAINS CHAUDS TROUVILLE 1874. L'architecte Adrien Jory père conçoit un édifice sur plan trapézoïdal avec une cour intérieure qu'il décrit de la manière suivante : " Cette construction composée de quatre corps de bâtiment reliés entre eux sera placée sur le terrain communal de la Cahotte, le premier présentera sa façade au nord à l'extrémité de la route départementale n° 16 de Saint-Pierre-sur-Dives à Trouville et formera l'entrée principale de l'établissement; il sera composé d'un péristyle, d'un vestibule avec cabinets d'aisance; un escalier placé au fond du vestibule conduira à un étage de chambres surmonté d'un grenier.

        Les premier et deuxième corps de bâtiment séparés par un jardin ou préau formeront aile gauche et aile droite; ils seront disposés et subdivisés en neuf cabinets de bains chacun; ces cabinets seront desservis par un couloir de dégagement ; le bâtiment en aile droite est destiné aux bains des dames et l'aile gauche à ceux des hommes ; tous les cabinets prendront jour sur le jardin ou préau.

        Le quatrième corps de bâtiments placé à l'extrémité des deux précédents comprendra une salle centrale destinée à loger une machine fixe de six chevaux de force pour pomper l'eau de mer à la distance de 125 mètres; deux cabinets pour bains de vapeur avec chambres et lits de repos seront ménagés de chaque côté de cette salle et surmontés d'un étage dans lequel seront logés les réservoirs d'eau de distribution.

        Ce sont ces tours carrées renfermant les réservoirs d'eau douce et d'eau de mer chaude et froide qui donnent à ce petit édifice une grande force suggestive. L'établissement sera détruit au moment de la construction du nouveau casino municipal pour être immédiatement reconstruit dans l'enceinte de celui-ci, dans l'angle que forme l'arrière du théâtre et la grande galerie. Les bains disparaissent définitivement dans les années 1880 pour faire place au Beach Hôtel." pg 339 - Trouville - Ouvrage réalisé sous la direction de Maurice Culot et Nada Jakovljevic - Pierre Mardaga édit Bruxelles.

 

 L'ÉCOLE DE HONFLEUR, LE CERCLE ARTISTIQUE DE SAINT-SIMÉON - BIBLIOGRAPHIE

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