GALERIE NATHANAELLE NEFFE ATELIER DE GRAVURE & LITHOGRAPHIE 14600 HONFLEUR France

 

 

HONFLEUR SOUVENIRS ET REVERIES

         

        Jean-Baptiste Antoine GUILLEMET

        1843-1918

         

        A reçu ses premiers conseils de Corot et de Daubigny. Ami de Monet, il est un habitué de la Côte normande, du Cotentin jusqu'à Dieppe. En 1863, il est à Villerville, « ayant après Daubigny découvert ce trou à moules » Il y revient tous les étés, sensible à la lumière tamisée de cette partie de la côte .../. Issu d'une vieille famille d'armateurs rouennais, Il est très lié à toute la « bande » des peintres indépendants : il a rencontré Courbet, Monet et Pissarro à l'atelier Suisse ; il à fondé en 1861 avec Manet et Stevens le Courrier artistique, qui se veut le journal de l'Art nouveau ; il a présenté Manet à Zola et entretient avec l'écrivain une abondante correspondance qui contribuera à nourrir l'Oeuvre (1886), le grand roman de l'Impressionnisme .../. J-S. Klein pg 81.

         " Si j'excepte tout d'abord le Herkomer, le Fantin-Latour, les Manet, les paysages de Guillemet et de Yon, une marine de Mesdag, plusieurs toiles signées Raffaëlli, Bartholomé et quelques autres, je ne vois pas trop ce qu'au point de vue de l'art moderne, nous pourrons trouver de réellement intéressant et de réellement neuf dans ces coupons de toile qui se déroulent sur tous les murs du salon de 1879. A part les quelques artistes que je viens de citer, les autres continuent tranquillement leur petit train-train. C'est absolument comme aux exhibitions des années précédentes, ce n'est ni meilleur ni pire. ... " LE SALON DE 1879.

        " Je ne connais guère de grands paysagistes qui vous fassent éprouver devant leurs toiles une impression rieuse et légère. Rousseau, Millet, Constable et, en prenant dans les anciens, Ruysdael, ont peint des paysages d'où se dégage une grandeur triste. On pourrait dire que la beauté d'un paysage est surtout faite de mélancolie. Après les maîtres que je viens de citer et parmi les peintres contemporains, M. Guillemet est, à coup sûr, un de ceux qui ont le mieux compris la pénétrante tristesse qui tombe des cieux voilés et des temps gris. Une pointe d'angoisse vous saisit même devant le chaos de Villers exposé sur la cimaise de cette année. Comme dans ses environs d'Artemare, qui furent remarqués au salon de 1877, un ciel tempétueux roule, gonflé de pluie, tandis que, fouettée par la rafale, une femme marche péniblement sous une charge de bois. Je préfère cependant le tableau de cette année, qui me semble encore plus d'aplomb. Le bouquet d'arbustes tordus par un coup de vent, au-dessus d'une mer d'un vert très pâle qui déferle le long de monticules gazonnés, est d'un grand effet. Puis les nuées, un peu massives dans les environs d'Artemare, et surtout dans les falaises de Dieppe, exposées en même temps, sont, cette fois, plus légères. Elles enveloppent largement des terrains nerveusement enlevés à grands coups. Cette oeuvre simple et robuste, brossée avec une sûreté de main qui rappelle à certains moments celle de Courbet et de Vollon, étonne par ces temps de peintures tatillonnes ... " LE SALON DE 1879 - CHAP IV pg 34 et 35

        " Nous allons, après une rapide excursion dans les paysages et les natures mortes, arriver à ce qu'on est convenu d'appeler la peinture moderne. Cette vérité : que les paysagistes sont arrivés maintenant à une aisance sans égale, devient plus évidente chaque jour. Chacun accommode son coin de nature à une sauce diverse comme le penchant des acheteurs. Nulle individualité chez la plupart de ces peintres ; une même et unique vision d'un site arrangé suivant la prédilection du public. Ici, ce sont les sempiternels César et Xavier De Cock, les éternels reproducteurs d'une allée dans laquelle, non loin d'une source, le soleil pleut en parcimonieuses gouttes dans des feuillages clairs. Hélas ! Je sens que ces paysages sont bâclés dans un atelier, en quelques séances, au grand galop. Nulle senteur de ramée et d'herbes, nulle impression de site. Là, ce sont les Bernier, les Mesgrigny, les Daubigny fils, les Rapin, les peintres dont le pinceau va tout seul sans qu'aucun recueillement leur vienne devant la nature qu'ils déforment, en la frisant et en la trempant dans leur shampooing ; partout ce sont des praticiens qui opèrent dans des pièces fermées, loin du plein jour, loin du plein air ! Une exception peut être faite pour M. Guillemet. Après avoir brossé sa Vue De Bercy, aujourd'hui au musée du Luxembourg, où elle fait trou dans un amas d'importunes choses, cet artiste avait délaissé le paysage parisien et avec une louable souplesse avait peint les Environs D'Artemare et le très émouvant paysage du salon dernier. Cette fois M. Guillemet est revenu à Bercy et, de nouveau, avec un accent différent, il a brossé le paysage de la Seine. L'âpre mélancolie de sa première vue de Bercy s'est affinée, comme attendrie, et moins sourde est la tristesse que cet artiste laisse souvent empreinte dans quelques-unes de ses oeuvres. Le Bercy est à coup sûr le paysage le plus expressif que le salon contienne. C'est la résistante peinture d'un artiste équilibré et bien portant, d'un nerveux qui se domine  " SALON OFFICIEL EN 1880 pages 161 162 163.

        " Je laisserai sous silence le paysage ; ce sont des tableaux identiques à ceux des salons précédents ; il est bien inutile que je me rabâche. La plupart des paysagistes sont de souples singes qui s'éternisent dans les mêmes redites exécutées sans qu'une impression quelconque leur affecte le cerveau et l'oeil. Je mentionnerai cependant M. Luigi Loir dont les giboulées sont agréables, et le vieux Villerville et la plage de Saint-Vaast de M. Guillemet qui continue à brosser avec adresse ses ciels que tranchent des cimes de falaises. Une impression de jours pluvieux, de tristesse, se dégage de ses toiles plus expansives que celles de ses confrères officiels du paysage ". LE SALON OFFICIEL DE 1881 p208.

         

        L'art moderne [Document électronique] / J.-K. Huysmans - document extrait de la base de données textuelles Frantext réalisée par l'Institut National de la Langue Française (INaLF) / BN

         

        Images : Saint Vaast La Hougue Clarke Galleries - Saint-Suliac, Environ de Paris, la Seine à Conflans John Mitchell and Son. Bord de mer Fine Art Bordeaux

         

GUILLEMET

Le Château-Musée de Dieppe conserve : Falaise de Puys à marée basse, 1877. La collection Peindre en Normandie conserve : le Port de Barfleur

 

 L'ÉCOLE DE HONFLEUR, LE CERCLE ARTISTIQUE DE SAINT-SIMÉON - BIBLIOGRAPHIE

HISTOIRE ET REPRESENTATION DE LA VILLÉGIATURE EN NORMANDIE - SOMMAIRE