GALERIE NATHANAELLE NEFFE ATELIER DE GRAVURE & LITHOGRAPHIE 14600 HONFLEUR France

 

 

HONFLEUR SOUVENIRS ET REVERIES

         

        Alexandre-Gabriel DECAMPS

        1803-1860 Baudelaire - De quelques coloristes

         

        Alexandre Dumas avoue avec une certaine nuance de regret que trois artistes connaissaient Trouville avant qu'il ne vienne lui-même y séjourner en 1831 et « confessait qu'il n'en était pas l'inventeur » ... et de citer Huet, A. G. Decamps et son élève G. Jadin. A ces noms, il aurait dû ajouter ceux d'Isabey et de Mozin ; il oublie aussi Corot ... Yves Bayard.

         " M. Decamps est un de ceux qui, depuis de nombreuses années, ont occupé despotiquement la curiosité du public, et rien n'était plus légitime.

        Cet artiste, doué d'une merveilleuse faculté d'analyse, arrivait souvent, par une heureuse concurrence de petits moyens, à des résultats d'un effet puissant. - S'il esquivait trop le détail de la ligne, et se contentait souvent du mouvement ou du contour général, si parfois ce dessin frisait le chic, - le goût minutieux de la nature, étudiée surtout dans ses effets lumineux, l'avait toujours sauvé et maintenu dans une région supérieure.

Si M. Decamps n'était pas précisément un dessinateur, dans le sens du mot généralement accepté, néanmoins il l'était à sa manière et d'une façon particulière. Personne n'a vu de grandes figures dessinées par lui; mais certainement le dessin, c'est-à-dire la tournure de ses petits bonshommes, était accusé et trouvé avec une hardiesse et un bonheur remarquables. Le caractère et les habitudes de leurs corps étaient toujours visibles; car M. Decamps sait faire comprendre un personnage avec quelques lignes. Ses croquis étaient amusants et profondément plaisants. C'était un dessin d'homme d'esprit, presque de caricaturiste; car il possédait je ne sais quelle bonne humeur ou fantaisie moqueuse, qui s'attaquait parfaitement aux ironies de la nature: aussi ses personnages étaient-ils toujours posés, drapés ou habillés selon la vérité et les convenances et coutumes éternelles de leur individu. Seulement il y avait dans ce dessin une certaine immobilité, mais qui n'était pas déplaisante et complétait son orientalisme. Il prenait d'habitude ses modèles au repos, et quand ils couraient ils ressemblaient souvent à des ombres suspendues ou à des silhouettes arrêtées subitement dans leur course; ils couraient comme dans un bas-relief. - Mais la couleur était son beau côté, sa grande et unique affaire. Sans doute M. Delacroix est un grand coloriste, mais non pas enragé. Il a bien d'autres préoccupations, et la dimension de ses toiles le veut; pour M. Decamps, la couleur était la grande chose, c'était pour ainsi dire sa pensée favorite. Sa couleur splendide et rayonnante avait de plus un style très particulier. Elle était, pour me servir de mots empruntés à l'ordre moral, sanguinaire et mordante. Les mets les plus appétissants, les drôleries cuisinées avec le plus de réflexion, les produits culinaires le plus âprement assaisonnés avaient moins de ragoût et de montant, exhalaient moins de volupté sauvage pour le nez et le palais d'un gourmand, que les tableaux de M. Decamps pour un amateur de peinture. L'étrangeté de leur aspect vous arrêtait, vous enchaînait et vous inspirait une invincible curiosité. Cela tenait peut-être aux procédés singuliers et minutieux dont use souvent l'artiste, qui élucubre, dit-on, sa peinture avec la volonté infatigable d'un alchimiste. L'impression qu'elle produisait alors sur l'âme du spectateur était si soudaine et si nouvelle, qu'il était difficile de se figurer de qui elle est fille, quel avait été le parrain de ce singulier artiste, et de quel atelier était sorti ce talent solitaire et original. - Certes, dans cent ans, les historiens auront du mal à découvrir le maître de M. Decamps. - Tantôt il relevait des anciens maître les plus hardiment colorés de l'École flamande; mais il avait plus de style qu'eux et il groupait ses figures avec plus d'harmonie; tantôt la pompe et la trivialité de Rembrandt le préoccupaient vivement; d'autres fois on retrouvait dans ses ciels un souvenir amoureux des ciels du Lorrain. Car M. Decamps était paysagiste aussi, et paysagiste du plus grand mérite: ses paysages et ses figures ne faisaient qu'un et se servaient réciproquement. Les uns n'avaient pas plus d'importance que les autres, et rien chez lui n'était accessoire; tant chaque partie de la toile était travaillée avec curiosité, tant chaque détail était destiné à concourir à l'effet de l'ensemble! - Rien n'était inutile, ni le rat qui traversait un bassin à la nage dans je ne sais quel tableau turc, plein de paresse et de fatalisme, ni les oiseaux de proie qui planaient dans le fond de ce chef-d'oeuvre intitulé: le Supplice des crochets.

Le soleil et la lumière jouaient alors un grand rôle dans la peinture de M. Decamps. Nul n'étudiait avec autant de soin les effets de l'atmosphère. Les jeux les plus bizarres et les plus invraisemblables de l'ombre et de la lumière lui plaisaient avant tout. Dans un tableau de M. Decamps, le soleil brûlait véritablement les murs blancs et les sables crayeux; tous les objets colorés avaient une transparence vive et animée. Les eaux étaient d'une profondeur inouïe; les grandes ombres qui coupent les pans des maisons et dorment étirées sur le sol ou sur l'eau avaient une indolence et un farniente d'ombres indéfinissables. Au milieu de cette nature saisissante, s'agitaient ou rêvaient de petites gens, tout un petit monde avec sa vérité native et comique.

Les tableaux de M. Decamps étaient donc pleins de poésie, et souvent de rêverie; mais là où d'autres, comme Delacroix, arriveraient par un grand dessin, un choix de modèle original ou une large et facile couleur, M. Decamps arrivait par l'intimité du détail. Le seul reproche, en effet, qu'on lui pouvait faire, était de trop s'occuper de l'exécution matérielle des objets; ses maisons étaient en vrai plâtre, en vrai bois, ses murs en vrai mortier de chaux; et devant ces chefs-d'oeuvre l'esprit était souvent attristé par l'idée douloureuse du temps et de la peine consacrés à les faire. Combien n'eussent-ils pas été plus beaux, exécutés avec plus de bonhomie!

L'an passé, quand M. Decamps, armé d'un crayon, voulut lutter avec Raphaël et Poussin, - les flâneurs enthousiastes de la plaine et de la montagne, ceux-là qui ont un coeur grand comme le monde, mais qui ne veulent pas pendre les citrouilles aux branches des chênes, et qui adoraient tous M. Decamps comme un des produits les plus curieux de la création, se dirent entre eux: « Si Raphaël empêche Decamps de dormir, adieu nos Decamps! Qui les fera désormais? - Hélas! MM. GUIGNET et CHACATON. »

Et cependant M. Decamps a reparu cette année avec des choses turques, des paysages, des tableaux de genre et un Effet de pluie; mais il a fallu les chercher: ils ne sautaient plus aux yeux.

M. Decamps, qui sait si bien faire le soleil, n'a pas su faire la pluie; puis il a fait nager des canards dans de la pierre, etc. L'École turque, néanmoins, ressemble à ses bons tableaux; ce sont bien là ces beaux enfants que nous connaissons, et cette atmosphère lumineuse et poussiéreuse d'une chambre où le soleil veut entrer tout entier.

Il me paraît si facile de nous consoler avec les magnifiques Decamps qui ornent les galeries que je ne veux pas analyser les défauts de ceux-ci. Ce serait une besogne puérile, que tout le monde fera du reste très bien. Baudelaire. Curiosités esthétiques - VI. - De quelques coloristes.

Curiosités esthétiques [Document électronique] ; L'art romantique : et autres oeuvres critiques / Baudelaire ; [textes établis par Henri Lemaître,...] voir bibliographie : Bibliothèque Nationale de France

 

 

 

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 Decamps Alexandre Gabriel, peintre de genre et  d'histoire, graveur et lithographe né à Paris le 3 mars  1803, mort à Fontainebleau le 22 août 1860. École  française. Élève du peintre d'histoire Bouchot, Abel de  Pujol et de l'école libre

 

" Le cas d'un grand artiste comme Decamps qui, sans être positivement méconnu, n'occupe pas la place qui devait lui revenir dans l'histoire, telle qu'on l'enseigne encore, de l'évolution de la peinture moderne, n'est malheureusement pas exceptionnel. Comme Diaz (1807-1876), comme Daubigny, comme tant d'autres, il a subi non pas le contre-coup mais la conséquence nécessaire et normale du choc et de l'alternance des opinions et des oppositions d'école. .../

Si l'on veut tout d'abord résumer les caractères les plus saillants de son oeuvre, il semble qu'on puisse les ramener aux quatre chefs principaux suivants. En premier lieu, l'épaisseur de la pâte, qui est certainement la considération capitale. Puis l'orientalisme, qui s'impose de lui-même. En troisième lieu, l'importance apportée à la nature morte, essentielle à envisager pour comprendre tout un aspect de l'influence de Decamps sur l'évolution de la peinture contemporaine. Enfin, on doit noter la dimension réduite des oeuvres. Ces quatre traits caractéristiques , en fixant les idées, peuvent fournir autant de points de repère en vue d'un examen plus détaillé d'une oeuvre qui se présente tout d'abord sous un jour assez complexe. La question des origines, en particulier, a priori assez obscure, semble devoir se résoudre très nettement si l'on veut bien se référer au premier des caractères énoncés. Les origines de la manière de Decamps doivent être cherchées croyons-nous chez Rembrandt et surtout chez Chardin : ces deux grands maîtres ont pratiqué tous deux et d'une façon exceptionnelle chacun à son époque, la peinture épaisse. .../. dans l'esprit même où il conçoit la nature morte, nous indique suffisamment à quel point il entend substituer l'intérêt de l'exécution à celui que peuvent évoquer les choses représentées. Or, c'est là tout le principe de l'art moderne. C'est à proprement parler, l'univers Cézannien qui se trouve plus qu'en germe dans la peinture de Decamps. .../. Ce qui masque la parenté, c'est surtout la différence de gamme colorée : Decamps reste fidèle à l'ancienne coloration dorée des hollandais. .../.

Le rêve de Decamps fut de peindre ce que nous appelons en jargon familier de grandes machines historiques ; de très bonne foi il se croyait fait pour occuper de vastes surfaces ; ce en quoi il se trompait lourdement et il convient de le dire, heureusement pour lui et pour nous. Le succès qu'il connut très vite fut en même temps la raison qui lui interdit de prétendre réaliser dorénavant avec Delaroche ou Horace Vernet. .../. Decamps du renoncer à devenir Horace Vernet, comme Poussin avait il dû renoncer à devenir jamais Lebrun ou Vouet. Ce fut certes un crève-coeur pour lui de voir tant d'honneurs, tant d'argent revenir au peintre de la « smalah » et de demeurer dans la catégorie des peintres amusants, mais non qualifiés pour l'exécution de grandes choses « Tant il a que je suis le peintre des singes » déclarait-il à propos de ce qu'il appelait sa manie des animaux. .../. " Emmanuel Charles Bénézit in E.B./G. Illustration : la vie d'artiste huile sur bois vers 1840 sbg 26x37cm collection particulière

         Avant 1825 Decamps séjournait à Trouville-sur-mer résidant à l'Auberge du Bras d'Or tenue par la mère Oseraie « une femme d'une quarantaine d'années, grasse, propre, avenante, le sourire narquois du paysan normand sur les lèvres (1) » qui recevait une clientèle de peintres ; Godefroy Jadin, Paul Huet ... précédant en ce domaine la Ferme Toutain à Honfleur. (1) - Dumas, Mes Mémoires in J-S Klein pg 30.

         Decamps au musée du Louvre, base de données Joconde. fermer la fenêtre précédente avant d'ouvrir la suivante.

 

 

 

 

 

Louis Godefroy Jadin peintre d'animaux et de sujets de chasse, graveur, né à Paris, le 30 juin 1805, mort dans la même ville en 1882. " Élève de Hersent, d'Abel de Pujol, Paul Huet, Bonington et Decamps. Il commença par peindre des sujets de chasse, des natures mortes, et fit du paysage. Débuta au Salon de 1831. .../. Il était un intime d'Alexandre Dumas et l'accompagna dans plusieurs voyages. " E.B./G.

* Jean Adrien Guignet (1816-1854) peintre d'histoire et paysagiste élève de son frère Jean-Baptiste Guignet (1810-1857) peintre de portrait. Ibid.

Jean Nicolas Henri de Chacaton né en 1813, peintre de figures et de paysages (Italie - Syrie) Ibid.

 

 L'ÉCOLE DE HONFLEUR, LE CERCLE ARTISTIQUE DE SAINT-SIMÉON - BIBLIOGRAPHIE

HISTOIRE ET REPRESENTATION DE LA VILLÉGIATURE EN NORMANDIE - SOMMAIRE